Ma femme me dit toujours: "Alors, on lit des bouquins de ménagère?"


Elle est comme ça ma femme, ni bigoudis, ni pincettes.
Alors quand elle m’a vu lire du Douglas Kennedy, elle s’est posée la question que se pose toute femme les jours de match à la télé: a-t-elle vraiment maximisé le retour sur investissement de sa dote en chameaux?

Il faut dire qu’elle connaissait le larron de réputation: Douglas est l’un des  fleurons des colonnes littéraires de Elle et Biba. Alors sous sa nouvelle coupe de cheveux s’est soudain tramé un tragique Sophisme Marceau:
Elle et Biba aiment Paulo Coelho,
Elle et Biba aiment Douglas Kennedy,
Donc mon amoureux aime Coelho!
Enfer et damnation même pas en solde.

Comme à chaque fois que la réplique qui tue loupe le train du real-time, je marmonne: “M’enfin chérie, ce n’est pas ce que tu crois”. Moi qui ne lis que les pages psycho des magazines de lady, je ne connais pas Douglas Kennedy, c’est mon premier, ça s'appelle Cul-de-sac, et pour lui aussi c’est son premier. Pas de conclusion hâtive darling.

Je rame, je rame, et choux de Bruxelles sur le gâteau, l'éditeur magouilleur a ressorti Cul-de-sac sous un nouveau titre digne de la collection Arlequin : Piège nuptial, avec couverture rose et noire, et une nouvelle traduction dont je ne dirai du mal que plus tard.

Un lecteur dans le métro, il est catalogué direct: il boit de la Buckler, il est nul à Angry Birds, il aurait des amis il leur enverrait des SMS avec un seul doigt.Mais imaginons un instant le pire: le lecteur est une lectrice, et le bouquin s’appelle Piège nuptial. On est alors en plein mode alerte-post-it-sur-le-front-où-on-peut-lire: ni Monopoly ni Bonne Paye avant le mariage. Même pas un petit bécot.

C’est dommage tout ça, Cul-de-sac est le meilleur guide du routard qu'il m’ait été donné de lire. Et bien plus pratique qu’un SAS ( en attendant que Gégé de Villiers en sorte un pour l’Australie).

Résumé: Nick Lamerloque est un journaleux tantôt à The Picard Courrier, tata à The Depeche of the Midi, qui se rêve aventurier de la biroute et suceur d’asphalte. Un mardi, il tombe sur le film L’aventure c’est l’aventure:


Il se dit: “Sacrebleu, je m’habille vraiment comme une moule cuite”. Les voyages formant les benêts et la classe américaine, il prend donc un billet pour Darwin, trou du derrière australien.

Le camping ne le tentant pas et parce qu’il a un mauvais guide, une catcheuse nymphomane pour tout vous dire, notre héros se retrouve dans un Club Med interlope: Wollanup les bains. Un marketing imparable: les activités de Wollanup se limitent à dépecer les kangourous et à boire de la bière par 45°C dans la seule attraction du village, le pub.
Ce que la brochure ne dit pas: il n’y a pas la mer à Wollanup les bains, les 53 Gentils-Organisateurs sont aussi consanguins qu’authentiquement autochtones, et c’est le client qui paye et sert la bière. How charming.

Ça devrait épater Corine de la compta en rentrant. En attendant, l’Américanoïde est dans la bouse de phoque jusqu'au double menton, il l’a dans le baba au beaujolais.
Fin de mon résumé

Certaines disciples du Charlatan ont trouvé ça glauque, le Charlatan a trouvé ça hilarant. Et sympa. Il faut lire Cul-de-sac/Piège nuptial pour la description d’une utopie foireuse de campagne où le divorce est interdit et les veuves nombreuses:
“Lorsque les jeunes rejoignaient la population active de Wollanup à quatorze ans, ils n’étaient payés que trente crédoches au cours des quatre premières années d’emploi, dans le but de limiter leur consommation de bière à un seul pack de six par jour.”

Il me faut tout de même froncer les sourcils, exercice encore plus difficile que de me toucher les doigts de pieds: la nouvelle traduction des dialogues est moche comme une truelle à poisson, agissant telle la Kryptonite sur mes super-pouvoirs de lecture rapide.

Cher traducteur, on ne dit pas "une biérette" (sauf peut-être dans les cours de récré), on dit une binouse. On ne dit pas “On va grailler un kangou mon ptit billy?”, un kangou c'est ça, on dit “On dit on va bouffer du 'rou, mon gros Bill”. Et cetera, et c’est Terra, de Johnson.

Ne boudons pas le boudin, Cul-de-sac/Piège nuptial garantit une lecture électrique comme les néons d’un bordel Thaï. Certes ce n’est pas de la grande littérature mais c’est le meilleur Douglas Kennedy, et ça illuminera trois métro boulot dodo. Que demande le peuple?

Verdict: un C'est pas la taille qui compte, un Easy Rider, un Page Turner, un Idée pas plouf, un demi-Bijoux de famille, Un dis camion, et un On est pas bien là? (nouveau label, barème toujours ici)

Cerise sur le hachis Parmentier, Cul-de-sac/Piège nuptial s’offre à toutes les sauces et lecteurs récalcitrants: vos amis qui partent en Australie, ceux qui vous tannent pour partir en vacances, ceux qui n’aiment pas lire, ceux qui vous cassent les noisettes à tous les apéros avec leur “un autre monde est possible” et surtout ceux qui n’ont pas encore rencontré la belle-famille.

Bonne lectures les yankees.

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2 commentaires:

  1. C'était aussi ma première découverte d'un Douglas Kennedy mais également ma première lecture d'un article de ce blog. Les deux furent c'était très sympatoches à lire.
    Je ne sais pas si je lirais d'autres bouquins du bonhomme, mais je lirai avec plaisir d'autres avis de du charlatan.

    http://my-name-is-bruce.com/?p=5469

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  2. Je me réjouis (et espère à terme) que de la part de Kennedy vous ne résumerez que ce titre. Comme sur mon modeste site. Car Kennedy, avant d'être l'écrivain des mamans, avait de quoi plaire à nous autres lecteurs exigeants.

    A noter que "piège nuptial", bien plus sexy, est en fait le nom de la bande dessinée tirée du roman, qui a ensuite "contaminé" les éditions suivantes. Présente également sur QLTL.

    [D'ailleurs, comment faites-vous pour avoir tant de succès (je pense à FB par exemple) avec une douzaine d'articles? Cette dernière remarque doit être supprimée, je vous laisse répondre à l'adresse du Tigre]

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